Nous sommes devenus fous, Père Noël

Nous sommes devenus fous, Père Noël

 

Dans l’immense parking où j’ai longuement cherché une place, j’ai glissé mon hostie dans la fente du plus grand caddie pour m’avancer dans le temple de l’hyper consommation.

Dès l’entrée la magie opéra car il y avait des pères Noël partout : sur les murs, sur les affiches, dans les stands et même le vigile de service portait une barbe blanche.

Emporté par le courant de la foule de croyants affamés, tel un troupeau de brebis affolées sous l’orage, je me laissais charrier, abandonnant désirs et convictions.

Là, je butais sur la gondole du foie gras des anatidés martyrisés.

Plus loin, j’imaginais, au rayon boucherie, le petit veau refusant de monter dans le camion funèbre, la volaille terrorisée, suspendue et saignante,  le cou tranchée, les bœufs drogués aux antibiotiques.

Puis je m’échouais chez le poissonnier où je cherchais vainement le dernier thon rouge de l’océan vidé, les crevettes dénudées par des enfants vietnamiens payés 20 c le kilo.

Poussé par la foule assoiffée je reconnus de suite le logo d’une marque américaine dont les innombrables canettes rouges salopent le bord des routes jusqu’au fin fond des déserts du monde, et le poison des drogues alcoolisées pour oublier.

Ecœuré et stressé, je renonçais à choisir un jouet plastique made in China, un ordinateur programmé pour s’autodétruire dans les prochains mois, un truc aussi inutile qu’indispensable ou la promotion vendue plus cher que la semaine dernière.

Bousculé dans le courant du culte du remplissage de caddies, j’entraperçu une ile bio, minuscule et submergée par la marée du progrès. J’eu juste le temps de saisir la dernière pomme bio du monde et d’en arracher une bouchée avant de fuir…

Je crois que c’est la dernière fois que je prépare le réveillon dans un hypermarché !

 

Jean françois Noblet 24/12/14



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